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PRES DE LA MOITIE DE LA POPULATION DU GRAND TUNIS NE DISPOSE PAS DE « BUDGET DE DIGNITE »

Au moins 40 % de la population (et plus probablement la moitié) dans la métropole du Grand Tunis, ne dispose pas aujourd’hui des ressources nécessaires pour accéder à des conditions de vie dignes, constate une étude de la Fondation allemande Friedrich Ebert Stiftung (FES), intitulée « Un budget de la dignité pour la Tunisie », publiée en 2021.

La dignité a été érigée comme une revendication centrale de la révolution tunisienne du 17 décembre-14 janvier 2011. Mais, 10 ans après, l’État qui a promis dans sa nouvelle constitution d’assurer « des conditions de vie dignes » aux citoyens, semble incapable de tenir à cette promesse. Cette aspiration à la dignité continue d’animer une grande majorité du peuple tunisien, a relevé cette étude, première du genre dans le monde arabe, puisqu’elle a été basée sur des contacts directs avec des échantillons types et représentatifs de ménages tunisiens.

Il en ressort également, que le niveau du salaire minimum reste aujourd’hui très inférieur au niveau qui serait nécessaire pour que les travailleurs puissent accéder par leur travail, à des conditions de vie dignes.

Les politiques publiques ne devraient pas se limiter aux actions qui permettent de soutenir directement le pouvoir d’achat des familles, mais devraient plutôt se concentrer sur l’amélioration des services publics qui impactent indirectement, le niveau de vie des familles. Car, selon l’étude, la détérioration des services publics, en particulier, le transport, l’éducation et la santé, engendre un surcoût important pour les familles « en les obligeant à prendre en charge au moins en partie, certains besoins qui auraient dû être fournis par les services publics ». L’amélioration des services publics constitue ainsi, un autre axe d’action qui permettrait selon, l’étude non seulement d’améliorer les conditions de vie des familles, mais aussi d’offrir un accès plus égalitaire aux services nécessaires.

Il est certain que le salaire minimum est très loin aujourd’hui de permettre aux salariés tunisiens d’avoir des conditions de vie dignes, un constat tout à fait cohérent avec la revendication avancée par l’UGTT à la fin 2017 « , note l’étude. En effet, la centrale syndicale avait alors, revendiqué un salaire minimum de 866 dinars, soit plus que le double de ce qui a été adopté en 2017 (350 dinars).

« Pour qu’un couple d’employés, vît avec dignité dans le Grand Tunis, il lui faut trois fois le salaire minimum, estimé actuellement, à 400 dinars », a déclaré à l’Agence TAP, le directeur régional de l’information et de la communication pour le Moyen Orient et l’Afrique du Nord, au sein de Friedrich-Ebert-Stiftung, Omar Sufan. « La finalité de l’enquête est d’attirer l’attention des autorités publiques sur le fait que se baser sur l’évaluation et l’identification des indicateurs de croissance et d’inflation et lier toujours les augmentations du salaire minimum à l’inflation, n’est plus une démarche fiable.

Ces indicateurs ne reflètent plus les besoins réels des familles et les conditions d’une vie réellement digne », a-t-il expliqué. D’après ses dires, il faut que les autorités repensent leurs politiques publiques, longtemps basées sur des indicateurs (taux d’inflation, taux de croissance…) qui n’ont rien à voir avec la réalité des populations. « Il faut aussi, prendre en considération le tribut et le surcoût que payent les familles à cause de la détérioration des services publics comme il faut parler d’un « budget de la dignité » dans le cadre des négociations avec les institutions internationales et les bailleurs de fonds, dont la Banque mondiale et le FMI », a-t-il ajouté.

Les autorités pourraient opter pour le choix de l’amélioration des services publics (transport, santé, éducation), ou inclure les « coûts de leur détérioration » dans les augmentations du salaire minimum des employés, a fait observer le responsable.

Menée par la fondation FES, en partenariat avec l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES) et une équipe de l’organisation  » International Alert  » qui a travaillé, depuis 2012 sur la marginalisation des quartiers populaires au Grand Tunis, cette étude a été basée sur des discussions de neuf groupes reflétant une variété de situations sociales, réunis sur une période d’un peu plus d’un an.

Bien que l’étude ne soit pas représentative de l’ensemble des situations des ménages sur le territoire tunisien, elle pourrait servir de premier enseignement pour un débat public sur ce niveau de vie qui devient et deviendra de plus en plus cher pour tous les Tunisiens.

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