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Ali Kooli : « un programme de réforme clair, réaliste et réalisable sera présenté à Washington »

Le ministre de l’Economie, des finances et de l’appui à l’investissement, Ali Kooli, présidera la délégation tunisienne qui effectuera, du 3 au 8 mai 2021, une visite à Washington. Cette dernière est composée des représentants de la BCT et à leur tête le gouverneur, Marouane El Abassi, du chef de cabinet de Hichem Mechichi ainsi que de ses principaux conseillers économiques et du Président de l’UTICA, Samir Majoul.

Dans une interview accordée à l’agence TAP, Ali Kooli a déclaré que l’objectif de cette visite est de montrer à la nouvelle administration américaine, au Fonds monétaire international (FMI) et à la Banque Mondiale (BM), que la Tunisie est sur la voie de la réforme et de la croissance, et qu’elle mérite d’être aidée pour dépasser ce cap difficile. « Un programme de réforme clair, réaliste et réalisable de la Tunisie, sera présenté à cette occasion ». Affirme Ali Kooli.

Dans quel cadre s’inscrivent les négociations à mener lors de cette visite et quel programme de réformes allez-vous présenter ?

Ali Kooli : Cette visite est historique à plus d’un titre, parce qu’elle ne se limitera pas à des réunions avec le FMI. Au cours de cette semaine de réunions, que nous allons avoir à Washington, il est prévu de rencontrer les hauts dirigeants de la nouvelle administration américaine. Nous allons discuter avec eux, du développement des relations économiques et financières. Nous allons également, nous entretenir avec les dirigeants de la Banque Mondiale, pour discuter d’un certain nombre de programmes qui sont en cours de réalisation ainsi que du soutien dont nous avons besoin pour l’année prochaine. Le timing de cette visite coïncide avec la nouvelle année fiscale de ces institutions financières (du 1er juin 2021 au 31 mai 2022).

Nous allons relancer les relations avec le FMI, avec une volonté sincère et une détermination forte d’aboutir à un nouvel accord. Nous allons présenter un programme de réforme clair, réaliste et réalisable, mais il ne faut pas s’attendre à clore les discussions avec le FMI, au bout de quelques entretiens.

Mais, s’ils croient en notre capacité à réaliser ces réformes, ils seront à nos côtés pour signer un accord et nous aider à aller en avant. Actuellement, nous vivons un double cap difficile. La situation économique était très grave en 2020, d’ailleurs elle a, quasiment, été grave, depuis une vingtaine d’années, mais la pandémie a aggravé la situation. Devant tous ces enjeux, le Gouvernement est déterminé ; il s’est attelé depuis des semaines, notamment à travers les réunions de consultation de Beit El Hikma, à l’élaboration d’un programme de réforme économique, en concertation avec les représentants de la société civile, des acteurs économiques, ainsi que du monde politique.

Les changements vont toucher plusieurs chapitres, dont le chapitre budgétaire qui concerne les modes de gestion des comptes du pays, le chapitre monétaire et économique, relatif à la méthode de lutte contre l’inflation et la redynamisation de la croissance, ainsi que le chapitre de la restructuration des institutions et des structures.  Par exemple, nous avons discuté avec nos partenaires sociaux (UTAP, UTICA et UGTT), de la révision du mode de fonctionnement des entreprises publiques et de la nature du soutien que leur apporte l’Etat.

Est-ce que le programme de réforme économique qui sera présenté au FMI, répond aux recommandations de ce dernier ? Et comment allez-vous assurer l’équilibre entre la mise en œuvre de ces mesures et la stabilité sociale dans le pays ?

Le programme de sauvetage économique et social de la Tunisie va au-delà, du programme avec le FMI. Par exemple, la remise à niveau de l’agriculture, inclue dans le plan de développement économique et social, ne fait pas partie des discussions avec le FMI, mais avec nos partenaires en Tunisie. Nous n’accepterons aucun diktat de quiconque. Nous avons un mandat clair du peuple tunisien, à travers sa représentation parlementaire, pour mettre le pays sur le chemin de la croissance et du bien-être, et pour ce faire, nous allons prendre les mesures nécessaires.

Dans cette perspective, le Gouvernement va travailler au renforcement du pouvoir d’achat du consommateur. Pour ce qui est de la masse salariale, nous avons un certain nombre de pistes que je qualifierai de révolutionnaires et que nous allons présenter à l’ensemble de nos partenaires. Nous œuvrerons, aussi, à la préservation du fragile tissu social tunisien, car nous avons un très grand nombre de personnes qui vivent dans des conditions difficiles et c’est le rôle du Gouvernement de les protéger, de les soutenir et de donner à leurs enfants, un avenir meilleur.

Est-ce que vous avez un calendrier détaillé de la mise en œuvre des réformes économiques ?

Le mandat de ce gouvernement court jusqu’en 2024, nous avons un programme de restructuration de la Tunisie qui se poursuivra jusqu’en 2024. Plusieurs actions sont déjà prises, d’autres seront prises au cours de cette année et d’autres encore, au cours des mois et des années à venir.

Le Gouvernement a la volonté de créer une Tunisie plus juste, d’assurer une meilleure distribution des fruits du travail et du capital ainsi que des richesses entre les régions. Nous voulons également, créer une Tunisie plus verte, plus moderne et plus digitale, en essayant de lever toutes les entraves et les autorisations, qui bloquent les entreprises et les Tunisiens.

Les Tunisiens doivent prendre conscience de la situation extrêmement grave dans lequel le pays est englué. Cette situation peut encore être redressée si nous travaillons tous, pour un même objectif, en se concentrant d’abord sur la création de la richesse, puis sur sa distribution. C’est un pacte qui doit exister entre l’ensemble des Tunisiens et l’ensemble de la classe politique.

Atteindre d’ici 2023, un surplus budgétaire primaire positif

Le ministère des Finances œuvrera à atteindre un surplus budgétaire primaire positif, d’ici 2023, et ce dans l’objectif de baisser l’endettement du pays, a indiqué le ministre de l’Economie, des finances et d’appui à l’investissement, Ali Kooli, dans une interview accordée à l’agence TAP.

« Un surplus budgétaire primaire positif signifie que les recettes sont plus importantes que les dépenses, avant d’entrer dans le remboursement de l’intérêt et du capital de la dette. Nous travaillons à rendre ce surplus budgétaire primaire positif, d’ici 2023, pour stabiliser le montant de la dette et entamer un mouvement de réduction », a précisé le Ministre.

« Plus on créera de richesse, plus notre PNB sera important, et moins le pourcentage de la dette ramené au PNB sera important. Donc créons ensemble de la richesse, car à ce moment-là, même si le montant de la dette reste le même, comparé aux richesses du pays, il sera moindre en pourcentage », a expliqué Kooli.

« Nous allons travailler également à rendre l’endettement un peu plus lissé dans le temps (avoir la possibilité de payer une mensualité unique pour tous les prêts), d’autant plus que nous avons une grande échéance de remboursement en 2021, d’autres échéances de remboursement en 2022 et en 2023 ».

« L’ensemble de ces crédits a été condensé sur une courte période de temps, c’est pour cela que je travaille à rendre les durées plus longues et la charge plus supportable sur le budget de l’Etat et nous allons travailler à rendre la dette plus soutenable » a-t-il conclu.

Dans le dernier rapport du FMI, les administrateurs de son conseil d’administration ont noté que la dette publique de la Tunisie deviendrait insoutenable à moins que ne soit adopté un programme de réforme solide, crédible et bénéficiant d’un soutien étendu. Selon les estimations du Fonds, la dette de l’administration centrale a augmenté en 2020 à près de 87% du PIB, en raison de l’augmentation du déficit budgétaire et de la contraction du PIB.

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